Mis à jour le 27 octobre 2026
Le lien d'attachement est le lien affectif durable que l'enfant tisse avec les adultes qui prennent soin de lui, et vers lesquels il se tourne quand il a peur ou se sent en détresse. Théorisé par le psychiatre et psychanalyste britannique John Bowlby à partir des années 1950, il est devenu une référence pour toutes celles et ceux qui accompagnent les jeunes enfants et leurs familles : professionnel·le·s de PMI, de crèche, de protection de l'enfance, etc.
Dans cet article, nous revenons sur la théorie de l'attachement, la façon dont le lien se construit, les 4 styles d'attachement et ce qui peut le fragiliser. Et sur une question que nous posons souvent : comment offrir aux enfants une sécurité que les professionnel·le·s n'ont pas toujours eux·elles-mêmes ?
Qu'est-ce que le lien d'attachement ?
Attachement, lien affectif, bonding : quelle différence ?
On confond souvent ces trois notions. Le bonding désigne le lien qui se tisse du parent vers son bébé, dans les premiers temps après la naissance. Il prépare le terrain de l'attachement, mais ne se confond pas avec lui.
L'attachement va dans l'autre sens : c'est le besoin de l'enfant de trouver auprès d'une figure stable une base de sécurité. Le lien affectif est plus large : on peut aimer une personne sans qu'elle soit pour autant une figure d'attachement.
La théorie de l'attachement de John Bowby
John Bowlby est un psychanalyste anglais mais aussi, et surtout, le fondateur de la théorie de l’attachement. En s’appuyant sur les travaux de Winnicott, Lorenz et Harlow, il a su formaliser la théorie.
Avant de définir l’attachement selon John Bowlby, faisons le point sur son parcours et ses travaux l’ayant mené à s’intéresser plus en détail au lien si particulier qui se crée dès les premières années d’un enfant.

Les séparations précoces, point de départ de ses travaux
Durant la Seconde Guerre mondiale, John Bowlby travaille à la campagne auprès d'enfants placés. Cette expérience, il l’a décrit dans son étude “44 voleurs, leur personnalité et leur vie de famille” (1944). Il retrace son travail auprès de ces adolescents mais s'intéresse davantage aux jeunes qui commettent des vols à répétition.
Il constatera que ces jeunes sont dépourvus d'affect en raison de la séparation prolongée ou à répétition avec leur mère. Les premières relations entre l’enfant et le parent sont fondatrices dans la manière d’appréhender le monde et son environnement. John Bowlby met en évidence qu’une séparation n’est pas sans conséquence pour nos interactions avec autrui.
1958 : le mot « attachement » entre dans la théorie
Considérant les relations mère/enfant trop peu prises en compte, il s’intéressera davantage à la notion d’attachement. Il critiquera vivement la théorie d’étayage “selon laquelle l’attachement de l’enfant à sa mère serait une résultante de la nourriture qu’elle lui prodigue”.
Il développe sa propre conception de l’attachement, en 1958, dans son article “La nature du lien de l’enfant avec sa mère”. C’est aussi la première fois que le terme “attachement” apparaît
En 1969, Bowlby définit l’attachement de la façon suivante :
“ L’attachement est un lien affectif durable d’un enfant envers un adulte qui en prend soin et qui se manifeste notamment par divers comportements permettant à l’enfant, en particulier dans les moments de peur ou détresse, de maintenir la proximité ou le contact avec cet adulte” [2]
Comment se construit le lien d'attachement ? Les 4 phases
La relation d’attachement se construit tout au long de la première année de l’enfant. On peut d’ailleurs diviser la construction en 4 phases :
- De 0 à 3 mois
Les trois premiers mois l’enfant n’aura pas encore créé de lien d’attachement mais il va tout de même chercher à obtenir le contact.
- De 3 à 6 mois : Les mois suivants, l’enfant distingue davantage les adultes qui prennent soin de lui et commence à établir une certaine hiérarchie entre les personnes qui l’entourent. Il est aussi en recherche plus intense d’une proximité.
- De 6 à 9 mois : Les compétences de l’enfant se développent de plus en plus et notamment ses compétences à communiquer avec son entourage. Il est conscient d’avoir une base de sécurité et se sent ainsi plus confiant pour explorer et prendre de la distance avec ses figures d’attachement.
- De 9 à 12 mois : Dans cette dernière période, l’enfant s’est constitué un havre de sécurité auprès de ses figures d’attachement. Et c’est seulement à ce moment que les liens d’attachement sont vraiment observables.

Qui sont les figures d'attachement ?
Au fil des mois, l’enfant distingue de mieux en mieux ses figures d’attachement et sait qui sont les personnes étrangères ou familières.
Une figure d’attachement est une personne qui s’engage de manière durable, spécifique et non interchangeable avec l’enfant et qui tente de répondre à ses besoins de réconfort.
Les figures d’attachement sont hiérarchisées. On aurait tendance à dire que la mère est la figure d’attachement principale pour un enfant mais cela ne signifie pas qu’il préfère un parent à l’autre. Il sait identifier la force de l’engagement de ses parents.
Ainsi, les premières figures d’attachement sont généralement dans le cercle familial. Les nourrices, les professionnel·le·s de crèches,... sont plutôt reconnu·e·s comme des figures d’attachement secondaires pour l’enfant.
Figures d'attachement et caregiving
Le caregiver peut se traduire par “donneur de soins”.
“Ce sont les comportements parentaux ayant pour objet de favoriser la proximité et le réconfort lorsqu’ils perçoivent la détresse de l’enfant ou lorsque celui-ci se sent en danger. Ce système serait la réciproque du système d’attachement et aurait une fonction adaptative : la protection des jeunes enfants” [1]
Les 4 styles d'attachement
Dans les années 1970, Mary Ainsworth, collaboratrice de John Bowlby, met au point un protocole d'observation devenu célèbre : la « situation étrange ». Pendant une vingtaine de minutes, un enfant d'environ un an vit de courtes séparations et retrouvailles avec son parent, en présence puis en l'absence d'une personne inconnue. C'est surtout le moment des retrouvailles qui révèle son style d'attachement.
L'attachement sécure
Pour un·e enfant sécure, le stress est facilement surmontable pour que ses comportements soient adaptés car il·elle obtient de l'attention de la part de ses figures d’attachement.
Ici, on comprend que l’enfant se sent en confiance vis-à-vis de sa figure d’attachement qu’il·elle considère comme un havre de sécurité. Il·elle sait qu’il peut explorer librement et exprimer ses émotions. Sa figure d’attachement sera présente pour répondre à ses différents besoins et sera en capacité de lui apporter du réconfort.
On considère que 60% des enfants dans la population générale se situent dans ce cas de figure. (Van Ijzendoorn et coll., 1999).
L'attachement insécure-évitant
Dans ce cas-là, l’enfant va minimiser son comportement face au stress et minimiser son besoin d’être sécurisé.
Cette situation est le résultat d’un rejet lorsqu’il souhaitait du réconfort. Un·e enfant insécure-évitant sera forcé·e d’être autonome et cherchera constamment à tout faire seul. Il sera aussi plus sociable avec les étrangers, qui ne sont donc pas ses figures d’attachement.
Ces enfants représentent une part plus faible de la population générale, ils seraient environ 15%. (Van Ijzendoorn et coll., 1999)
L'attachement insécure-ambivalent
À la différence de l’enfant insécure-évitant, l’enfant dans une situation d’attachement insécure-ambivalent aura tendance à maximiser les comportements d’attachement, face à un stress, pour attirer l’attention du parent.
Dans ce cas, il n’est pas certain que sa figure d’attachement pourra répondre à ses besoins. Il·elle va alors amplifier l’expression de ses émotions négatives pour obtenir de l’attention. En d’autres mots, il·elle ne semble jamais complètement rassuré·e.
Ces enfants ne représentent que 8% de la population générale. (Van Ijzendoorn et coll., 1999).
L'attachement insécure-désorganisé
Ce quatrième style a été décrit dans les années 1980 par Mary Main et Judith Solomon, à partir d'enfants observés en situation étrange qui n'entraient dans aucune des trois catégories d'Ainsworth. Face à leur parent, ces enfants ont des comportements contradictoires. Ils s'approchent puis se figent, ou cherchent le contact en détournant le regard.
Ce style est plus fréquent quand la figure d'attachement est à la fois source de réconfort et source de peur : maltraitance, violences conjugales, traumatisme non résolu chez le parent. Il concerne 10 à 15 % des enfants en population générale.
Ce qui peut fragiliser le lien d'attachement
Comme évoqué plus tôt dans l’article, la séparation avec une figure d’attachement peut être source de stress pour un·e jeune enfant et impacter ses comportements.
Robertson a étudié l’impact de cette séparation et a décelé 3 phases évolutives exprimées à partir de la séparation d’avec sa figure d’attachement :
- Protestation
- Désespoir
- Détachement

Certaines complications peuvent apparaître dès la naissance et immédiatement impacter le lien d’attachement. Prenons le cas d’un bébé né prématurément. Nécessitant des soins particuliers, le temps passé à l’hôpital sera plus important que le temps passé auprès de ses parents.
Le contexte familial, économique,… peut aussi se répercuter négativement sur le lien d’attachement. Les figures d’attachement, pour diverses raisons peuvent ne pas être suffisamment disponibles pour répondre aux besoins de l’enfant et lui apporter du réconfort. Tous les enfants ne naissent pas avec les mêmes chances, les inégalités sont parfois à l'oeuvre avant même la naissance.
“Par exemple, la dépression ou toute autre maladie d’un parent, un deuil, la toxicomanie, la pauvreté, l’isolement social, la violence conjugale ou des conflits dans le couple peuvent nuire à l’attachement. Lorsqu’un parent ne va pas bien, il lui est très difficile de bien s’occuper de son enfant et de faire en sorte qu’il se sente en sécurité.” [3]
Ces explications prouvent que le lien d’attachement est essentiel. D’après John Bowlby, c’est un besoin primaire, nécessaire à la survie de l’espèce.
Un·e enfant développant un lien d’attachement sécurisant avec ses parents aura, à l’avenir, plus de facilité à s’adapter à son environnement et surmonter les épreuves. Aussi, ayant grandi dans une relation saine et de confiance, l’enfant aura une perception positive de lui·elle-même et sera plus à même de donner sa confiance à autrui.
Dans le cadre de notre démarche “Petits pas, Grands pas”, nous accordons un temps spécifique à la théorie de l’attachement. Un premier temps de formation est dédié à la gestion du stress, la théorie de l’attachement et l’observation des interactions parents-enfants.
Cet article est une synthèse des données publiées sur le sujet. Il est loin d'être exhaustif. Si vous souhaitez approfondir le sujet, nous vous conseillons, notamment, “L’attachement, de la dépendance à l’autonomie” rédigé sous la direction d’Anne-Sophie Barbey-Mintz, Odile Faure Fillastre et Romain Dugravier, Pédopsychiatre et expert de la commission des 1000 jours
Comment les professionnel·le·s peuvent soutenir un attachement sécure
Un·e professionnel·le n'est pas là pour remplacer le parent. Mais, par sa façon d'être présent·e, il·elle peut devenir une figure d'attachement secondaire fiable pour l'enfant, et soutenir le lien entre l'enfant et son parent plutôt que s'y substituer.
Encore faut-il pouvoir créer ce lien de confiance avec les familles, y compris quand la relation est difficile. Les bonnes intentions ne suffisent pas : cela s'apprend, et se travaille en équipe.
Professionnel·le·s : on ne peut pas donner la sécurité qu'on n'a pas
Travailler auprès d'enfants fragilisé·e·s, c'est un métier qui demande beaucoup d'énergie, de présence, d'empathie. Chaque jour, les professionnel·le·s de la protection de l'enfance sont confronté·e·s à des histoires lourdes, à des situations de détresse, à des comportements parfois difficiles à comprendre ou à supporter.
Ces enfants qui ont souffert, qui n'ont pas toujours eu la chance de construire un attachement sécure. Ils·elles ont tendance à tester les adultes autour d'eux·elles. C'est leur manière à eux de chercher cette sécurité qu'ils n'ont jamais vraiment connue.
Les professionnel·le·s ont aussi besoin d’un cadre sécurisant
Si on exige des professionnel·le·s qu'ils·elles soient disponibles émotionnellement, bienveillant·e·s, stables et sécurisant·e·s pour les enfants, il faut leur offrir exactement la même chose. C'est une question de cohérence. On ne peut pas donner ce qu'on n'a pas.
Lorsqu'un·e professionnel·le n'est pas soutenu·e, lorsqu'il n'a pas d'espace pour déposer ce qu'il vit, pour mettre des mots sur ses ressentis, il s'épuise. Et un·e professionnel·le épuisé·e ne peut plus être pleinement disponible pour l'enfant. Il·elle peut devenir froid·e, distant·e, voire maltraitant·e sans le vouloir, simplement parce qu'il·elle n'a plus les ressources pour faire autrement.
Construire une chaîne de sécurité
De la même façon qu'un enfant a besoin d'une base de sécurité pour se développer, un·e professionnel·le a besoin d'une institution qui joue ce rôle pour ses équipes. Et cette institution, elle-même, doit être soutenue par ses cadres intermédiaires, qui sont eux-mêmes soutenus par les cadres supérieurs. C'est une chaîne dans laquelle chaque maillon compte. Si l’un d’eux cède, c’est l’accompagnement de l’enfant qui en pâtit.
Pour garantir la solidité de cette chaîne, il est nécessaire d’offrir un soutien émotionnel, de la formation continue, et des supervisions régulières pour permettre aux équipes de mieux gérer les défis émotionnels du métier et d’entretenir une relation bienveillante et sécurisante avec les enfants.
En renforçant cette sécurité émotionnelle au sein des équipes, on crée un environnement propice à l'épanouissement des enfants, en leur offrant stabilité et sécurité.
Sources :
[1] Cairn.info. (s. d.). https://www.cairn.info/revue-enfances-et-psy-2015-2-page-14.htm
[2] E-learning “Petits pas, Grands pas” “Formation "Stress, théorie de l’attachement et observation des interactions parents-enfants", Romain Dugravier
[3] Favoriser le lien d’attachement avec son bébé. (s. d.). https://naitreetgrandir.com/fr/etape/0_12_mois/viefamille/fiche.aspx?doc=ik-naitre-grandir-bebe-lien-attachement-solide

0 commentaire