La théorie de l’attachement, développée par John Bowlby dans les années 1950, est devenue un cadre incontournable pour comprendre les liens émotionnels entre les individus. Elle soutient que les liens d’attachement sont importants pour la survie et le développement sain des individus.
Avant de développer ce qu’est le lien d’attachement, revenons aux origines de la théorie.
John Bowlby, fondateur de la théorie de l’attachement
John Bowlby est un psychanalyste anglais mais aussi, et surtout, le fondateur de la théorie de l’attachement. En s’appuyant sur les travaux de Winnicott, Lorenz et Harlow, il a su formaliser la théorie.
Avant de définir l’attachement selon John Bowlby, faisons le point sur son parcours et ses travaux l’ayant mené à s’intéresser plus en détail au lien si particulier qui se crée dès les premières années d’un enfant.

Son intérêt pour les conséquences des séparations précoces
Durant la Seconde Guerre Mondiale, John Bowlby travaille à la campagne auprès d’enfants placés. Cette expérience, il l’a décrit dans son étude “44 voleurs, leur personnalité et leur vie de famille” (1944). Dans celle-ci, il retrace son travail auprès de ces adolescents mais s’intéresse davantage aux jeunes qui commettent des vols à répétition.
Il constatera que ces jeunes sont dépourvus d’affect en raison de la séparation prolongée ou à répétition avec leur mère. Alors que les premières relations entre l’enfant et le parent sont fondatrices dans la manière d’appréhender le monde et son environnement, J.Bowlby met en évidence qu’une séparation n’est pas sans conséquence pour nos interactions avec autrui.
Première apparition du terme “attachement”
Considérant les relations mère/enfant trop peu prises en compte, il s’intéressera davantage à la notion d’attachement et critiquera vivement la théorie d’étayage “selon laquelle l’attachement de l’enfant à sa mère serait une résultante de de la nourriture qu’elle lui prodigue”
Il développe sa propre conception de l’attachement, en 1958, dans son article “La nature du lien de l’enfant avec sa mère”. C’est aussi la première fois que le terme “attachement” apparaît
En 1969, Bowlby définit l’attachement de la façon suivante :
“ L’attachement est un lien affectif durable d’un enfant envers un adulte qui en prend soin et qui se manifeste notamment par divers comportements permettant à l’enfant, en particulier dans les moments de peur ou détresse, de maintenir la proximité ou le contact avec cet adulte” [2]
Qu’est-ce que le lien d’attachement ?
Le lien attachement est parfois confondu avec le lien affectueux qui lui fait référence au concept de bonding. Celui-ci désigne les premiers temps du lien entre le parent et l’enfant. Bien qu’il pose les bases du lien d’attachement et permet de le construire, le lien affectueux n’est pas du registre de l’attachement.
La construction du lien d’attachement
La relation d’attachement se construit tout au long de la première année de l’enfant. On peut d’ailleurs diviser la construction en 4 phases :
– De 0 à 3 mois
Les trois premiers mois l’enfant n’aura pas encore créé de lien d’attachement mais il va tout de même chercher à obtenir le contact.
– De 3 à 6 mois
Les mois suivants, l’enfant distingue davantage les adultes qui prennent soin de lui et commence à établir une certaine hiérarchie entre les personnes qui l’entourent. Il est aussi en recherche plus intense d’une proximité.
– De 6 à 9 mois
Les compétences de l’enfant se développent de plus en plus et notamment ses compétences à communiquer avec son entourage. Il est conscient d’avoir une base de sécurité et se sent ainsi plus confiant pour explorer et prendre de la distance avec ses figures d’attachement.
– De 9 à 12 mois (…et après)
Dans cette dernière période, l’enfant s’est constitué un havre de sécurité auprès de ses figures d’attachement. Et c’est seulement à ce moment que les liens d’attachement sont vraiment observables.

Qui sont les figures d’attachement ?
Au fil des mois, l’enfant distingue de mieux en mieux ses figures d’attachement et sait qui sont les personnes étrangères ou familières.
Une figure d’attachement est une personne qui s’engage de manière durable, spécifique et non interchangeable avec l’enfant et qui tente de répondre à ses besoins de réconfort.
Les figures d’attachement sont hiérarchisées. On aurait tendance à dire que la mère est la figure d’attachement principale pour un enfant mais cela ne signifie pas qu’il préfère un parent à l’autre. Il sait identifier la force de l’engagement de ses parents.
Ainsi, les premières figures d’attachement sont généralement dans le cercle familial. Les nourrices, les professionnel·le·s de crèches,… sont plutôt reconnu·e·s comme des figures d’attachement secondaires pour l’enfant.
Figures d’attachement et caregiving
Le caregiver peut se traduire par “donneur de soins”.
“Ce sont les comportements parentaux ayant pour objet de favoriser la proximité et le réconfort lorsqu’ils perçoivent la détresse de l’enfant ou lorsque celui-ci se sent en danger. Ce système serait la réciproque du système d’attachement et aurait une fonction adaptative : la protection des jeunes enfant” [1]
Les différents styles d’attachement
Mary Ainsworth, psychologue et aussi collaboratrice de John Bowlby a amené une expérience consistant à faire subir aux enfants un stress comparable au quotidien. À partir de ces observations, M. Ainsworth a su définir différents styles d’attachement.
L’attachement sécure
Pour un·e enfant sécure, le stress est facilement surmontable pour que ses comportements soient adaptés car il·elle obtient de l’attention de la part de ses figures d’attachement.
Ici, on comprend que l’enfant se sent en confiance vis-à-vis de sa figure d’attachement qu’il·elle considère comme un havre de sécurité. Il·elle sait qu’il peut explorer librement et exprimer ses émotions, sa figure d’attachement sera présente pour répondre à ses différents besoins et sera en capacité de lui apporter du réconfort.
On considère que 60% des enfants dans la population générale se situent dans ce cas de figure. (Van Ijzendoorn et coll., 1999).
L’attachement insécure-évitant
Dans ce cas-là, l’enfant va minimiser son comportement face au stress et minimiser son besoin d’être sécurisé.
Cette situation est le résultat d’un rejet lorsqu’il souhaitait du réconfort. Un·e enfant insécure-évitant sera forcé·e d’être autonome et cherchera constamment à tout faire seul. Il sera aussi plus sociable avec les étrangers, qui ne sont donc pas ses figures d’attachement.
Ces enfants représentent une part plus faible de la population générale, ils seraient environ 15%. (Van Ijzendoorn et coll., 1999)
L’attachement insécure-ambivalent
À la différence de l’enfant insécure-évitant, l’enfant dans une situation d’attachement insécure-ambivalent aura tendance à maximiser les comportements d’attachement, face à un stress, pour attirer l’attention du parent.
Dans ce cas, il n’est pas certain que sa figure d’attachement pourra répondre à ses besoins. Il·elle va alors amplifier l’expression de ses émotions négatives pour obtenir de l’attention. En d’autres mots, il·elle ne semble jamais complètement rassuré·e.
Ces enfants ne représentent que 8% de la population générale. (Van Ijendoorn et coll., 1999).
L’attachement insécure-désorganisé
Ce style d’attachement est né d’une observation chez l’adulte. Ces enfants sont considéré·es comme “inclassables” parmi les trois styles d’attachement précédemment cités. Leur comportement est atypique et reflète la désorganisation.
Ils·elles sont caractérisé·es par la peur permanente de tout. L’enfant se méfie de tout et est capable d’entrer dans une colère extrême à la moindre contrariété.
Les fragilités du lien d’attachement
Comme évoqué plus tôt dans l’article, la séparation avec une figure d’attachement peut être source de stress pour un·e jeune enfant et impacter ses comportements.
Robertson a étudié l’impact de cette séparation et a décelé 3 phases évolutives exprimées à partir de la séparation d’avec sa figure d’attachement :
- Protestation
- Désespoir
- Détachement

Un lien d’attachement parfois difficile à construire
Certaines complications peuvent apparaître dès la naissance et immédiatement impacter le lien d’attachement. Prenons le cas d’un bébé né prématurément. Nécessitant des soins particuliers, le temps passé à l’hôpital sera plus important que le temps passé auprès de ses parents.
Le contexte familial, économique,… peut aussi se répercuter négativement sur le lien d’attachement. Les figures d’attachement, pour quelconques raisons peuvent ne pas être suffisamment disponibles pour répondre aux besoins de l’enfant et lui apporter du réconfort. Chaque enfant ne nait pas avec les mêmes chances, les inégalités sont parfois à l’oeuvre avant même la naissance.
“Par exemple, la dépression ou toute autre maladie d’un parent, un deuil, la toxicomanie, la pauvreté, l’isolement social, la violence conjugale ou des conflits dans le couple peuvent nuire à l’attachement. Lorsqu’un parent ne va pas bien, il lui est très difficile de bien s’occuper de son enfant et de faire en sorte qu’il se sente en sécurité.” [3]
Ces explications prouvent que le lien d’attachement est essentiel. D’après J. Bowlby, c’est un besoin primaire, nécessaire à la survie de l’espèce.
Un·e enfant développant un lien d’attachement sécurisant avec ses parents aura, à l’avenir, plus de facilité à s’adapter à son environnement et surmonter les épreuves. Aussi, ayant grandi dans une relation saine et de confiance, l’enfant aura une perception positive de lui·elle-même et sera plus à même de donner sa confiance à autrui.
Dans le cadre de notre démarche “Petits pas, Grands pas”, nous accordons un temps spécifique à la théorie de l’attachement. Un premier temps de formation est dédié à la gestion du stress, la théorie de l’attachement et l’observation des interactions parents-enfants.
Cet article est une synthèse des données publiées sur le sujet. Il est loin d’être exhaustif sur le sujet. Aussi, si vous souhaitez approfondir le sujet, nous vous conseillons, notamment, “L’attachement, de la dépendance à l’autonomie” rédigé sous la direction d’Anne-Sophie Barbey-Mintz, Odile Faure Fillastre et Romain Dugravier, Pédopsychiatre et expert de la commission des 1000 jours
L’attachement ne se limite pas seulement aux enfants
Travailler auprès d’enfants fragilisé·e·s, c’est un métier qui demande beaucoup d’énergie, de présence, d’empathie. Chaque jour, les professionnel·le·s de la protection de l’enfance sont confronté·e·s à des histoires lourdes, à des situations de détresse, à des comportements parfois difficiles à comprendre ou à supporter.
Ces enfants qui ont souffert, qui n’ont pas toujours eu la chance de construire un attachement sécure, ils·elles ont tendance à tester les adultes autour d’eux·elles. C’est leur manière à eux de chercher cette sécurité qu’ils n’ont jamais vraiment connue.
Les professionnel·le·s ont aussi besoin d’un cadre sécurisant
Si on exige des professionnel·le·s qu’ils·elles soient disponibles émotionnellement, bienveillant·e·s, stables et sécurisant·e·s pour les enfants, il faut leur offrir exactement la même chose. C’est une question de cohérence. On ne peut pas donner ce qu’on n’a pas.
Lorsqu’un·e professionnel·le n’est pas soutenu·e, lorsqu’il n’a pas d’espace pour déposer ce qu’il vit, pour mettre des mots sur ses ressentis, il s’épuise. Et un·e professionnel·le épuisé·e ne peut plus être pleinement disponible pour l’enfant. Il·elle peut devenir froid·e, distant·e, voire maltraitant·e sans le vouloir, simplement parce qu’il·elle n’a plus les ressources pour faire autrement.
Construire une chaîne de sécurité
De la même façon qu’un enfant a besoin d’une base de sécurité pour se développer, un·e professionnel·le a besoin d’une institution qui joue ce rôle pour ses équipes. Et cette institution, elle-même, doit être soutenue par ses cadres intermédiaires, qui sont eux-mêmes soutenus par les cadres supérieurs. C’est une chaîne dans laquelle chaque maillon compte. Si l’un d’eux cède, c’est l’accompagnement de l’enfant qui en pâtit.
Pour garantir la solidité de cette chaîne, il est nécessaire d’offrir un soutien émotionnel, de la formation continue, et des supervisions régulières pour permettre aux équipes de mieux gérer les défis émotionnels du métier et d’entretenir une relation bienveillante et sécurisante avec les enfants.
En renforçant cette sécurité émotionnelle au sein des équipes, on crée un environnement propice à l’épanouissement des enfants, en leur offrant stabilité et sécurité.
Renforcer le sentiment de sécurité avec “Les Matriochkas”
La mission de la démarche “Les Matriochkas” est d’offrir une contenance aux professionnel·le·s de terrains et aux cadres pour permettre une meilleure qualité de vie au travail et une meilleure qualité d’action auprès des familles.
- Pour les cadres : les Matriochkas leur offrent des outils concrets pour renforcer leur rôle de contenance. Protocole de gestion des situations complexes, formations sur l’attachement et la relation d’aide, espaces d’échanges entre pairs… L’Agence Kalía déploie tout un dispositif pour les accompagner dans leur fonction de “poupée russe”, garantissant un cadre plus solide et structurant.
- Pour les professionnel·le·s de terrain : nous répondons à leurs besoins en les formant et en leur fournissant des outils sur l’attachement et les enjeux de la relation d’aide, spécifiquement appliqués à la protection de l’enfance.
Mais l’accompagnement ne peut reposer uniquement sur les épaules des professionnel·le·s et des cadres. Les enjeux structurels doivent aussi être pris en compte.
C’est pourquoi Les Matriochkas engagent un travail de fond avec les acteurs institutionnels (VP, DGA, DEF…) afin de définir des objectifs clairs pour permettre à l’ASE de se réapproprier son travail de fond de protection de l’enfance : prévention, soutien au développement des enfants, travail collaboratif…
Sources :
[1] Cairn.info. (s. d.). https://www.cairn.info/revue-enfances-et-psy-2015-2-page-14.htm
[2] E-learning “Petits pas, Grands pas” “Formation "Stress, théorie de l’attachement et observation des interactions parents-enfants", Romain Dugravier
[3] Favoriser le lien d’attachement avec son bébé. (s. d.). https://naitreetgrandir.com/fr/etape/0_12_mois/viefamille/fiche.aspx?doc=ik-naitre-grandir-bebe-lien-attachement-solide

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