Vous avez entendu parler de “Ariane : le contact universel®”. Peut-être avec enthousiasme ou avec scepticisme. Toute intervention innovante traîne avec elle son lot de doutes, de résistances, de “oui mais…”. Ce que nous faisons chez Kalía depuis le lancement d’Ariane, c’est justement écouter ces objections d’y répondre avec des faits et des témoignages.
Dans cet article, on reprend cinq idées reçues qui circulent autour de l’intervention Ariane, et on les décortique une par une. Pas pour convaincre à tout prix, mais pour que vous puissiez vous faire votre propre opinion sur la base de ce qui se passe réellement sur le terrain.
💡 Bon à savoir : Ariane a été recommandée par la Défenseure des droits dans sa décision-cadre du 28 janvier 2025
Idée reçue n°1 : « Ariane, c’est trop intrusif »
L’idée que des professionnel·le·s de la PMI appellent des femmes enceintes qu’elles ne connaissent pas pour leur poser des questions sur leur vie personnelle… ça peut sembler, de l’extérieur, un peu envahissant.
Ce que les mères en pensent
Les mères contactées dans le cadre de l’intervention ne partagent pas cette perception. Les retours recueillis auprès des sages-femmes de Moselle, premier département à avoir déployé Ariane, démontrent le contraire. Elles apprécient qu’on prenne contact avec elles de cette façon.
Une sage-femme appelante témoigne :
« Les femmes trouvent que c’est une bonne méthode… Elles disent que c’est une bonne idée de contacter les gens de cette manière. »
Une femme contactée dans le cadre du dispositif confirme :
« Je me suis dit qu’on s’intéressait à moi et à mon futur bébé. Pour une maman moins entourée, c’est le moment d’appeler à l’aide. »
Pourquoi ce premier contact crée du lien ?
Dans notre quotidien, combien de services publics prennent le temps d’appeler pour demander comment on va ? La PMI, avec Ariane, fait exactement ça : elle va vers les familles, elle dit “on est là, on vous écoute”. Dans un système de santé où l’initiative revient souvent aux patient·e·s, ce geste proactif est davantage perçu comme une marque d’attention, pas comme une surveillance.
Et c’est là toute la philosophie d’Ariane : une approche universelle et proportionnée, précoce, systématique. On n’attend pas que les difficultés soient visibles pour contacter les familles.
Une future mère, en Moselle, partage son expérience avec le dispositif Ariane :
« [Le nouveau dispositif m’a laissé une] très très bonne image, car on s’intéresse au citoyen, on leur donne la chance de pouvoir s’en sortir, de s’exprimer, de trouver des solutions. »
Idée reçue n°2 : « Ariane, ça prend trop de temps »
Les équipes de PMI sont souvent sous pression. Alors quand on leur parle d’ajouter des appels téléphoniques à leur emploi du temps, la résistance est naturelle.
Le temps investi en amont, c’est du temps gagné derrière
Que préférez-vous : faire une heure et demie de route pour tomber sur une porte close… ou passer quelques minutes au téléphone pour confirmer la disponibilité et fixer un rendez-vous qui sera honoré ?
La réponse paraît évidente, n’est-ce pas ?
L’appel téléphonique permet de créer un premier lien, de cerner les besoins, et de déterminer si une visite à domicile est vraiment nécessaire. Parfois, l’échange téléphonique suffit. Parfois, il prépare un rendez-vous en face à face qui sera plus efficace parce que la relation est déjà amorcée et les besoins déjà identifiés.
Une professionnelle résume très bien la situation :
“Même si le dispositif prend un peu plus de temps, on en perd moins à faire des visites (par exemple, quand je tombe sur une porte close après 1 h 30 de route). “
Une seconde explique :
« L’appel permet de fixer une date et elles sont là pour la visite. Je n’ai eu aucun échec sur toutes les visites programmées par téléphone. Quand c’est par courrier, il y a énormément d’échecs. »

Idée reçue n°3 : « On ne peut pas aborder certains sujets par téléphone »
Les violences conjugales, la précarité, la santé mentale, l’isolement… ce sont des sujets lourds, parfois sensibles. Des sujets qui demandent de la confiance, de la nuance, et souvent du non-verbal pour être bien abordés. Alors l’idée d’en parler par téléphone peut sembler risquée, voire inappropriée.
Le téléphone, un espace de parole inattendu
La réalité des appelantes Ariane contredit cette intuition. L’absence de face-à-face peut, paradoxalement, faciliter la libération de la parole. Certaines femmes trouvent plus facile d’aborder des sujets délicats depuis chez elles, dans leur espace, sans le regard d’un·e professionnel·le en face d’elles.
Ce n’est pas un hasard si des services comme le 3919 ou des lignes d’écoute fonctionnent exclusivement par téléphone : la distance crée parfois de la sécurité.
Une appelante confirme cette idée en expliquant :
« Elles s’épanchent assez facilement… J’étais surprise qu’elles évoquent des choses assez intimes tout de suite. »
Pour aller plus loin : Le téléphone en santé publique : outil de connexion ou déconnexion ?
Une grille d’entretien structurée pour ne rien laisser de côté
L’intervention repose sur une grille d’entretien semi-directive, élaborée avec un groupe d’expert·es. Cette grille balaye un large spectre de thématiques : la santé gravidique, la précarité, l’isolement, la relation conjugale, la santé mentale… Elle n’est pas un questionnaire rigide à cocher case par case, elle est un guide qui aide les professionnel·le·s à ne pas passer à côté d’informations essentielles. Et avec le temps, ça devient naturel.
Une professionnelle de Moselle témoigne :
“Au début je ne voulais pas trop poser ces questions, je n’étais pas à l’aise, mais finalement à force de le faire c’est devenu naturel.”
Idée reçue n°4 : « Ariane ajoute une charge de travail »
Quand on présente une nouvelle intervention à des équipes déjà chargées, la crainte de la surcharge est immédiate. Et si Ariane n’était qu’une couche supplémentaire dans un millefeuille de missions ?
Un recentrage sur la prévention, pas une surcharge
Ariane ne s’ajoute pas au travail existant comme une tâche de plus. Elle réorganise le travail autour d’une logique de prévention précoce. Plutôt que d’intervenir en réaction à des situations déjà dégradées, les équipes agissent en amont, au bon moment, avec les bonnes informations.

Moins de portes closes, plus d’impact
L’efficacité d’Ariane se mesure aussi à ce qu’elle évite : les visites à domicile infructueuses, les signalements tardifs, les situations qui auraient pu être repérées bien plus tôt. En optimisant le repérage des besoins dès le quatrième mois de grossesse, Ariane permet aux professionnel·le·s de concentrer leur énergie là où elle est vraiment utile.
Alors que les services de PMI ont tendance à se concentrer sur les facteurs de risque pour cibler leurs actions, notre étude menée dans deux départements a démontré la contre-productivité de cette méthode. En Moselle, 225 familles sur les 529 ayant exprimé un besoin clinique lors d’un appel dans le cadre de l’intervention Ariane ne présentaient aucun facteur de risque enregistré. Le constat est similaire en Ardèche, où près d’un tiers des familles en difficulté (32,7 %) étaient passées sous les radars.
Et en filigrane, Ariane fait aussi connaître la PMI à des familles qui ne savaient pas forcément ce que ce service pouvait leur apporter.
Idée reçue n°5 : « C’est redondant avec l’entretien prénatal précoce »
Ariane et l’EPP présentent chacun leurs caractéristiques distinctes.
L’EPP est un entretien en face à face, qui permet à chaque femme enceinte de bénéficier, dès le début de sa grossesse, d’un espace de dialogue, d’écoute et d’orientation. Seulement 40 % des femmes y recourent, et ce ne sont pas forcément celles qui en ont le plus besoin. Les femmes les plus vulnérables, les plus isolées, celles qui ne connaissent pas leurs droits ou qui ne franchissent pas spontanément la porte d’un service de santé passent souvent à travers les mailles du filet.
Ariane ouvre la voie vers l’EPP, s’assure que l’entretien a bien été planifié. L’appel permet aussi de préparer le terrain, car en 45 minutes (durée moyenne de l’EPP) il n’est pas toujours possible d’aborder tous les sujets. Grâce à l’intervention Ariane, certains sujets sensibles peuvent émerger plus tôt : épuisement, isolement, antécédents médicaux, violences conjugales, mal-être psychique…
Autant d’éléments qui permettront ensuite à la sage-femme ou au médecin qui mène l’EPP d’adapter l’échange et de prioriser les besoins.
Pour aller plus loin sur le sujet : Comment renforcer l’efficacité de l’entretien prénatal précoce (EPP) ?
Découvrez le retour d’expérience de l’Ardèche avec l’intervention Ariane
Nous vous invitons à (re)découvrir notre webinaire diffusé en décembre, intitulé “Comment la PMI peut-elle renforcer son action préventive pour lutter contre les inégalités sociales et de santé ?”.
Au programme : un retour d’expérience complet sur l’implantation d’Ariane dans le département de l’Ardèche, avec notamment le témoignage de Maryline, appelante Ariane sur ce territoire. Elle y décompose chaque étape de son intervention, de la réception du numéro à la fin de l’échange, et aborde avec les spécificités de cet appel : l’accueil, la libération de la parole, …
Vous avez des questions ou envie d’en savoir plus sur le déploiement d’Ariane dans votre département ? Contactez Julie à cette adresse : julie@agence-kalia.fr

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