Combien de fois avez-vous entendu dire que les téléphones nous isolent, nous éloignent les uns des autres ? Alors oui, c’est vrai si on scrolle sur les réseaux pendant un repas en famille ou qu’on joue à Candy Crush pendant un apéro entre copains.
Mais le téléphone, utilisé à bon escient, devient un véritable outil de prévention. Chez Kalía, nous avons même choisi de le placer au cœur d’un de nos projets pour les services de PMI : Ariane, le contact universel. Une initiative qui prouve que malgré la distance, la proximité peut être bien réelle.
La mHealth, ou santé mobile : qu’est-ce que c’est ?
La santé mobile, ou mHealth, désigne selon l’Organisation mondiale de la Santé toutes les pratiques médicales et de santé publique reposant sur des dispositifs mobiles : téléphones portables, tablettes, systèmes de surveillance des patient·e·s et autres appareils sans fil. Loin d’être un simple gadget, cette approche transforme en profondeur notre manière de concevoir la prévention et l’accompagnement en santé.
Avec près de 6 milliards d’utilisateur·rice·s de téléphones portables dans le monde et 99% d’utilisateur·rice·s e France (INSEE, 2022), nous disposons d’un réseau de communication d’une ampleur inégalée dans l’histoire de l’humanité. Un réseau qui ne discrimine pas, qui traverse les frontières sociales, géographiques et économiques. C’est précisément cette universalité qui fait du téléphone un outil précieux pour la santé publique.
Quelques chiffres
Plus de 318 000 applications de santé (1) sont aujourd’hui disponibles sur les App Store, soit près du double par rapport à 2015.
Quatre médecins sur cinq (1) utilisent leur téléphone portable pour faciliter leur travail quotidien. 93 % d’entre eux·elles sont convaincu·e·s que les applications de santé mobiles peuvent contribuer à améliorer la santé de leurs patient·e·s. (1) Quand les professionnel·le·s de santé eux·elles-mêmes adoptent ces outils, c’est bien qu’ils·elles y voient une réelle valeur ajoutée.
Mais au-delà des applications, c’est l’utilisation simple et directe du téléphone qui révolutionne véritablement les pratiques en santé publique.

Le téléphone, un pont vers les populations éloignées
Voilà l’un des défis majeurs de la santé publique : comment atteindre les populations les plus vulnérables ? Comment toucher celles et ceux qui ne franchissent pas spontanément les portes d’un service de santé publique ? Comment établir ce premier contact avec des personnes isolées, précarisées, ou simplement débordées par leur quotidien ?
Parmi les objectifs de la mHealth, on trouve notamment l’amélioration de l’accès aux soins de santé et aux informations liées à la santé, en particulier pour les populations difficiles à atteindre. Contrairement à une consultation physique qui nécessite un déplacement, du temps, parfois des moyens financiers, un appel téléphonique franchit ces barrières avec simplicité.
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Créer de la proximité… à distance
Lorsqu’un·e professionnel·le de santé prend le temps d’appeler et d’écouter sincèrement la situation d’une personne, il établit un lien humain authentique. Ce lien ne se construit pas malgré la distance, mais parfois grâce à elle.
Certaines conversations sont plus faciles par téléphone. Certaines confidences se font plus aisément lorsqu’on n’a pas à soutenir un regard direct. Le téléphone offre un espace d’intimité particulier, un cadre moins intimidant qu’un cabinet de consultation, tout en maintenant le professionnalisme et la qualité de l’écoute.
Ariane, le contact universel : l’innovation de Kalía au service des femmes enceintes
C’est dans cet esprit que nous avons développé Ariane, le contact universel. À partir du 4ème mois de grossesse, nous proposons aux professionnel·le·s de PMI de contacter par téléphone toutes les femmes ayant déclaré une grossesse, en utilisant le numéro renseigné sur le formulaire Cerfa.
Cet appel est un moment d’écoute, d’évaluation des besoins, de détection précoce des situations à risque. C’est l’occasion d’établir un premier contact chaleureux, de montrer à la future mère qu’elle n’est pas seule, qu’un réseau de professionnel·le·s bienveillant·e·s est disponible pour l’accompagner.
Des résultats qui parlent d’eux-mêmes
Alors que certain·e·s professionnel·le·s sont réticents à l’idée d’appeler les mères, de peur d’être trop intrusif·ve·s ou freiné·e·s par la distance que l’on pense créée par le téléphone, c’est tout l’inverse qui nous est rapporté sur le terrain.
94 % des femmes enceintes répondent favorablement à l’entretien en Moselle. Mais au-delà des statistiques, ce sont les témoignages des professionnel·le·s qui sont les plus parlants :
Les femmes trouvent que c’est une bonne méthode… Elles disent que c’est une bonne idée de contacter les gens de cette manière.
Elles s’épanchent assez facilement… J’étais surprise qu’elles évoquent des choses assez intimes tout de suite
Ces retours confirment notre intuition : loin d’être une barrière, le téléphone peut au contraire faciliter certaines confidences. Pour aller plus loin, découvrez dans ce webinaire le retour d’une appelante Ariane sur le département de l’Ardèche. Elle évoque notamment la réception de l’appel par les futures mères et leur réaction à certaines questions parfois jugées taboues, comme celle sur les violences conjugales.
La force d’Ariane réside dans sa simplicité et son universalité. Nous n’attendons pas que les femmes viennent à nous, nous allons vers elles. Nous utilisons un outil qu’elles possèdent toutes : leur téléphone. Et nous formons les professionnel·le·s à le faire avec bienveillance, professionnalisme et respect.
Le téléphone ne remplace pas une consultation, il la prépare
Le téléphone n’a jamais eu vocation à remplacer les examens médicaux. Les examens obligatoires de suivi de grossesse, l’entretien prénatal précoce et le bilan de prévention avec une sage-femme restent des moments essentiels. Ce sont autant d’occasions pour le·la professionnel·le de santé de repérer les situations à risque, de conseiller et d’accompagner les femmes.
Le téléphone ne remplace pas ces examens, il les complète.
À lire pour aller plus loin : Comment renforcer l’efficacité de l’entretien prénatal précoce (EPP) ?
L’interaction humain reste au coeur
Ces outils technologiques doivent être utilisés en relation étroite avec les soignant·e·s et acteur·rice·s de prévention sur le terrain, car l’interaction humaine reste essentielle. Le téléphone n’est pas une fin en soi, c’est un moyen. Un moyen de créer du lien, d’ouvrir le dialogue, de faciliter l’accès aux soins et d’atteindre une population qui n’aurait peut-être jamais pensé à vous contacter.
Notre objectif avec Ariane n’a jamais été de remplacer les consultations physiques, mais de les préparer, de les optimiser, de s’assurer qu’elles auront bien lieu. Un appel bien mené peut convaincre une femme réticente de prendre rendez-vous. Il peut identifier un besoin spécifique qui sera ensuite traité en consultation. Il peut rassurer une future mère anxieuse et l’encourager à poursuivre son suivi de grossesse. Cet appel, c’est aussi un moyen de rejoindre les co-parents, les pères et éventuellement de les rencontrer à l’occasion d’un futur rendez-vous.
Conclusion
En santé publique et en prévention, le téléphone n’est pas l’ennemi de la relation humaine, il en est le prolongement. Il nous permet d’atteindre celles et ceux qui en ont le plus besoin, au moment précis où ils en ont besoin. Il démocratise l’accès à la prévention, il crée du lien authentique.
Chez Kalía, nous continuerons à faire sonner les téléphones des femmes enceintes. Parce que derrière chaque sonnerie, il y a une écoute bienveillante, un accompagnement personnalisé, un réseau de professionnel·le·s mobilisé·e·s pour que chaque grossesse se déroule dans les meilleures conditions possibles.
Le téléphone en santé publique, c’est l’affirmation que la technologie peut nous rapprocher, à condition de l’utiliser avec intelligence, bienveillance et professionnalisme.
(1) https://webmedy.com/blog/fr/the-new-era-of-mhealth/

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