Est-ce que la démarche Petits pas, Grands pas (PPGP) tient ses promesses ? Instaure-t-elle un langage commun au sein des équipes ? Renforce-t-elle les compétences relationnelles des professionnel·le·s ? Permet-elle une meilleure accessibilité aux services de PMI pour les familles ?
Elle y parvient seulement quand certaines conditions sont réunies sur le terrain. À commencer par une mobilisation claire et constante de l'encadrement, dès les premières semaines. Autrement dit : l'efficacité de la démarche dépend fortement de ce que chaque département met, ou ne met pas, en place autour d'elle.
Vous pilotez un service de PMI et vous vous demandez si cela vaut le coup de vous lancer ? C’est pour vous que cet article a été rédigé !
Un rapport construit sur 9 ans de terrain (2017-2026)
Les constats détaillés dans ce rapport s'appuient sur les retours d'expérience de 18 départements ayant déployé la démarche entre 2021 et 2025.
Cette analyse croise plusieurs types de données : les enquêtes menées auprès des professionnel·le·s (et parfois auprès des familles), les analyses des supports de communication, les évaluations post-formation, les retours d'expérience, ainsi que les bilans de démarche.
Autant de sources qui, mises bout à bout, dessinent une vision de ce que la démarche PPGP peut changer dans votre département.

Pourquoi Petits pas, Grands pas n'est pas « juste » une formation de plus
Petits pas, Grands pas n'est pas une formation ponctuelle qu'on coche sur une to-do list. Une formation isolée, aussi bien conçue soit-elle, s'estompe presque toujours avec le temps si rien ne vient la prolonger.
PPGP, c'est une démarche globale qui vise à renforcer la capacité des services de PMI à conduire une prévention de qualité. Cela passe par :
- rendre l'offre plus accessible ;
- consolider les compétences relationnelles des professionnel·le·s ;
- ancrer les changements dans la durée, au-delà du jour de la formation.
Les 3 impacts majeurs de la démarche
Peu importe le département, sa taille ou son contexte : trois effets reviennent constamment.
Une PMI enfin lisible et accessible pour les familles
Le premier levier, c'est l'accessibilité. Le constat de départ est souvent le même : les supports de communication existent, parfois même en grand nombre, mais ils ne guident pas toujours suffisamment l'action (qui appeler ? où aller ? …).
Grâce à la grille d’analyse PEMAT-PMI, les départements ont retravaillé leurs flyers, leurs courriers, leurs plaquettes. Certains sont allés plus loin, avec la création de QR codes, de pages web dédiées à la PMI, voire des réflexions sur des cartes interactives de consultation.
Au final, dans la majorité des départements, l'offre de PMI devient plus lisible pour des familles qui n'ont ni le temps ni les moyens de s'y retrouver seules.
Les pratiques professionnelles évoluent, durablement
La formation “Approche préventive fondée sur la relation d'aide en PMI” reçoit parfois un accueil mitigé lors de la présentation du projet. Les professionnels s'inquiètent du manque de temps disponible ou du jugement de leurs propres pratiques. Or, une fois les sessions réalisées, la formation est très souvent décrite comme utile, parce qu'elle met des mots sur des situations du quotidien, propose des repères concrets, et sécurise la posture professionnelle.
Les bilans et les retours à distance mettent en évidence une meilleure capacité à :
- aborder certains sujets avec les familles ;
- s'appuyer sur un cadre commun ;
- ajuster l'intervention en fonction des besoins repérés.
Et les chiffres confirment ce ressenti. Selon les départements, la part de professionnel·le·s déclarant une évolution de leurs pratiques varie d'environ 40 % à plus de 90 %, comme dans l'Orne et le Tarn.

Une dynamique collective
Le troisième levier, c'est l'intervision : ces espaces collectifs où les équipes se retrouvent pour échanger sur les situations complexes du quotidien. Quand elle fonctionne, elle devient un vrai repère commun, un langage partagé, un soutien mutuel, une manière de ne pas rester seul·e face à une situation difficile.
Quand ces espaces de parole sont réguliers et priorisés, ils apparaissent comme un facteur majeur d'ancrage. Là où ils restent ponctuels, fragiles, ou pas soutenus par l'institution, les effets de la formation ont davantage tendance à se diluer.
L'exemple du Tarn
Dans le Tarn, l'intervision est présentée comme un levier de cohésion : elle soutient le partage d'expériences, renforce l'esprit d'équipe, et joue un rôle important dans l'appropriation des repères communs.
Ce qui fait vraiment la différence sur le terrain
Comment mettre toutes les chances de son côté pour favoriser la pérennité de la démarche ?
Notre expérience de terrain nous a permis de constater que PPGP produit de meilleurs effets lorsque le département créé, en amont, un cadre favorable à son développement.
L'encadrement est mobilisé dès le début
Les études de cas montrent que lorsque les cadres s'approprient la démarche et soutiennent les espaces collectifs, la dynamique est plus robuste.
Dans les Alpes-Maritimes, par exemple, une séance d'intervision spécifiquement dédiée aux cadres a été proposée pour lever les réticences et permettre une appropriation par l'encadrement.
Lorsque l'encadrement manque de temps ou de repères, la consolidation repose davantage sur les individus formés avec un risque de dilution des apports dans le temps.
Un relais de communication clairement identifié
Améliorer des supports ne produit d'effet que s’ils sont réellement utilisés, visibles, et cohérents dans un parcours. La préparation consiste donc à identifier qui porte ce travail , quels canaux seront mobilisés, et comment on s'assure que les documents retravaillés remplacent bien les anciens.
Anticiper le turnover
L'enjeu n'est pas seulement de former. Il faut maintenir un socle commun dans la durée. Cela suppose de prévoir, dès le départ, comment les nouvelles recrues seront intégrées à quels repères elles auront accès, comment elles seront incluses dans l'intervision, et qui assure cette transmission.
En Seine-et-Marne, par exemple, une session de formation supplémentaire est ajoutée spécifiquement pour accompagner l'arrivée de nouveaux et nouvelles professionnel·le·s.
Petits pas, Grands pas est-elle faite pour vous ?
Si vous pilotez un service de PMI et que vous vous demandez si PPGP peut fonctionner chez vous, la vraie question n'est pas « est-ce que ça marche ? ». C'est plutôt : « suis-je prêt·e à créer les conditions pour que ça fonctionne ? » Et cette question-là, contrairement à la première, dépend aussi de vous.
Ce que vous trouverez dans le rapport complet
Cet article n'est qu'une synthèse du rapport d'impact. Pour aller plus loin, nous vous invitons à le lire dans son intégralité. Vous y retrouverez toutes les données nécessaire pour imaginer ce que la démarche pourrait changer dans votre département :
✓ Les effets sur les équipes : comment les pratiques professionnelles ont évolué, et dans quelle mesure.
✓ Les conditions de déploiement : ce qui a favorisé l'adhésion des équipes, les obstacles rencontrés, ce qui aurait pu être fait différemment.
✓ Les limites identifiées : les situations dans lesquelles la pérennité de la démarche a montré ses fragilités.
✓ 5 études de cas issues de départements aux profils variés.

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