PMI : dix ans après notre première enquête nationale, nous reposons la question

Publié le 30 octobre 2026

En 2016, notre équipe a mené sa première enquête nationale auprès des services de PMI, centrée sur les visites à domicile. Le constat était sans appel : une mission jugée utile par 100 % des services, mais de moins en moins accessible à toutes les familles. 

Dix ans plus tard, nous lançons une nouvelle enquête. Cette fois élargie à l’ensemble des pratiques de prévention périnatale en PMI, de la grossesse aux premiers mois de l’enfant, elle permettra de mesurer les évolutions depuis 2016.

2016 : une première photographie nationale

La PMI est souvent la première porte d'entrée des familles dans le système de prévention. Et la visite à domicile en est l'un des outils les plus efficaces : aller chez les parents, plutôt qu'attendre qu'ils viennent, permet de rencontrer celles et ceux qui ne pousseraient pas la porte du service.

Pourtant, en 2016, personne ne savait vraiment comment cette activité était organisée d'un département à l'autre. Des données de volume existaient, mais aucun panorama des pratiques.

De mai à décembre 2016, nous avons donc contacté l’ensemble des départements de la France métropolitaine et d’Outre-Mer. 60 services de PMI ont répondu. Les résultats ont ensuite été publiés dans la revue Santé publique en 2018.

L'objectif était de comprendre comment les services font connaître leur offre, comment ils repèrent les familles, sur quels critères ils choisissent qui rencontrer, et dans quelles conditions travaillent les professionnel·les qui se rendent à domicile.

Cinq enseignements à retenir

Rejoindre les familles est déjà un défi

Pour proposer une visite, encore faut-il savoir qui contacter. Or, seuls 41 % des services connaissaient le numéro de téléphone des femmes enceintes au moment de la déclaration de grossesse. La plupart comptaient donc sur le courrier : plaquettes, propositions de visite… sans garantie qu'elles soient lues. En moyenne, seule une femme enceinte sur cinq avait un contact physique avec la PMI avant son accouchement.

Pour répondre à cette difficulté, l’agence Kalía a développé le dispositif “Ariane : le contact universel”. Fondé sur l'universalisme proportionné, il vise à contacter chaque femme enceinte pour lui présenter les dispositifs de prévention, échanger sur ses besoins et, si nécessaire, l’orienter vers le·la professionnel·le adapté·e.


Ariane a été recommandé par la Défenseure des Droits en 2025 pour garantir un accompagnement renforcé des familles et préserver la vocation universaliste de la PMI. Plus récemment, c’est le rapport de la mission périnatalité qui a cité Ariane en exemple pour recentrer et soutenir les PMI dans leurs missions de prévention et de prise en charge des vulnérabilités.

La visite pour toutes les familles se fait rare 

Après la naissance, seuls 2 départements sur 59 proposaient une visite à domicile à toutes les femmes ayant accouché. Ailleurs, des critères de priorisation s'appliquent.

Ces critères varient fortement d'un territoire à l'autre

Âge de la mère, isolement, prématurité, déclaration tardive, précarité, difficultés psychologiques… Les services nous ont décrit des dizaines de critères différents, choisis localement. Une même famille peut se voir proposer une visite dans un département, et pas dans le département voisin.

Les puéricultrices portent de nombreuses missions 

Dans tous les services, les puéricultrices réalisent des visites à domicile. Mais à côté, plus des deux tiers cumulent au moins sept autres missions : informations préoccupantes, agréments d'assistantes maternelles, bilans en école, consultations, permanences téléphoniques… 

Dans 84 % des services, il leur reste moins de deux jours par semaine pour aller à domicile.

Les professionnel·le·s sont peu outillé·e·s et peu accompagné·e·s

Seul un service sur cinq disposait d'un référentiel pour guider les visites. Et à peine plus de la moitié (54 %) proposait des temps de supervision ou d'analyse des pratiques. Les professionnel·les s'appuient donc surtout sur leur formation initiale et leur sens clinique.

Et pourtant, un chiffre traverse toute l'enquête : 100 % des services jugent la visite à domicile utile et efficace pour les familles. Le problème n'est donc pas la conviction, mais les moyens. Plus de la moitié des services (57 %) exprimaient d'ailleurs un besoin de renforts humains.

Derrière les chiffres

Ces résultats mettaient en lumière une tension au sein de la PMI : faut-il proposer le même service à toutes les familles, ou concentrer les efforts sur les plus vulnérables ?

La réponse portée par les recommandations publiques est l'universalisme proportionné : un service pour tous, dont l'intensité s'ajuste aux besoins de chacun. Sur le papier, la visite à domicile en est l'outil idéal. Dans les faits, l'enquête montrait que le ciblage était souvent imposé par manque de temps, et non par choix. Plusieurs départements le disaient clairement : faute de moyens, ils réservent les visites à certaines familles, au détriment de l'universalité.

Une famille qui ne coche aucun critère, mais traverse une période difficile, risque de passer sous les radars. Et les familles les mieux informées restent celles qui accèdent le plus facilement aux services. C’est ce qu’on appelle l’effet Matthieu.

Pour nous, ces résultats confirmaient l’idée que la qualité de l'accompagnement des familles dépend directement des conditions offertes aux professionnel·les. Du temps, des repères partagés, des espaces pour prendre du recul sur sa pratique. Les équipes de PMI sont l'infrastructure vivante de la prévention. La sécurité qu'elles peuvent offrir aux familles dépend de celle dont elles disposent elles-mêmes.

Dix ans plus tard : mesurer les évolutions

Depuis 2016, le paysage a bougé. Les pouvoirs publics ont réaffirmé l'importance de la prévention précoce, des 1 000 premiers jours et de la réduction des inégalités sociales de santé. Alors, il nous paraît indispensable de lancer une seconde édition de notre enquête nationale pour observer les évolutions au sein des services de PMI.

La nouvelle enquête s'intéresse à l'ensemble des pratiques de prévention périnatale des services de PMI, de la grossesse aux premiers mois de l'enfant :

  • Se faire connaître et rester accessible : comment les familles découvrent-elles la PMI aujourd'hui ?
  • Être informé des grossesses : comment les services repèrent-ils les futurs parents ?
  • Mobiliser des équipes plurielles : qui intervient auprès des familles, et avec quelles autres missions ?
  • Travailler en réseau : avec quels partenaires la PMI agit-elle autour de la naissance ?
  • Soutenir les professionnel·les : de quels appuis les équipes disposent-elles pour exercer ?

L'enjeu de cette enquête est double : 

  • mesurer ce qui a changé en dix ans
  • rendre visibles les initiatives que les départements ont développées entre-temps.

Pour Kalía, cette enquête nationale s'inscrit dans une démarche de recherche-action : produire des données fiables, issues du terrain, pour rendre visible la réalité du travail en PMI et éclairer les décisions publiques. 

Les résultats donneront lieu à des publications scientifiques et à des recommandations diffusées publiquement. Documenter, c'est aussi reconnaître la diversité des pratiques, l'inventivité des équipes, et les difficultés qu'elles rencontrent au quotidien.

Comment accéder à l’enquête ?

Le questionnaire a été transmis par mail aux responsables de services PMI et/ou Directeur·rice Enfance Famille de chaque département.

Si vous n’avez pas reçu ce mail, pensez à vérifier vos spams. Sinon, contactez Illona à cette adresse : illona@agence-kalia.fr. Elle vous transmettra le lien vers l’enquête. 

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