Qualité de vie au travail en PMI, les résultats quantitatifs de notre enquête nationale

Publié le 16 octobre 2026

Ils·elles suivent les femmes enceintes, accompagnent les jeunes parents, veillent sur la santé des tout-petits. Sages-femmes, infirmier·e·s puériculteur·rice·s, médecins, psychologues ou éducateur·rice·s, les professionnel·le·s de la Protection maternelle et infantile (PMI) sont, pour des centaines de milliers de familles en France, un repère dans les premières années de la vie d'un enfant. 

Mais comment vivent-ils, eux, leur propre quotidien professionnel ?

C'est la question à laquelle notre dernière enquête nationale a tenté de répondre. Menée en ligne entre mars et avril 2025 auprès de 960 professionnels de PMI partout en France, elle dresse un état des lieux de leur qualité de vie au travail. 

Les résultats, publiés dans la revue Santé Publique, montrent un métier vécu globalement de façon positive au quotidien, mais avec quelques fragilités, qui concernent directement la capacité de ces services à accompagner durablement les familles.

Un quotidien plutôt bien vécu, sur le terrain

Le premier enseignement est plutôt rassurant. La majorité des professionnels de PMI disent que les choses se passent bien dans leur travail au quotidien (69%). 

La plupart souligne aussi un bon équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle : plus des trois quarts jugent leurs horaires compatibles avec leur vie de famille, et environ deux tiers estiment bénéficier d'une flexibilité suffisante pour concilier les deux.

Le sentiment de ne pas être vraiment entendu·e·s

Le tableau se nuance dès qu'on s'intéresse au lien entre les professionnel·le·s et leur institution. Seuls 17 % d'entre eux·elles jugent que leur organisation communique de façon adéquate avec ses équipes. L’enquête révèle également qu’à peine 1 professionnel·le sur 10 se sent réellement associé·e aux décisions qui le·la concernent.

Cela se traduit par un attachement fragile à l'institution : moins d'un tiers des professionnel·le·s se disent fier·e·s de travailler en PMI ou recommanderaient ce métier à d'autres. 

Ce n'est pas le travail lui-même qui pose problème. C'est le sentiment de ne pas être suffisamment informé·e·s, écouté·e·s ou associé·e·s aux choix qui structurent leur activité au quotidien.

Une précédente enquête, menée en 2020 auprès de 707 professionnel·le·s de PMI, pointait déjà ce manque d'espaces d'écoute au quotidien. Comme le résumait une professionnelle interrogée :

« Manque de lieu d'écoute réguliers pour se décharger lorsque l'on travaille avec des situations familiales lourdes. »

Cinq ans plus tard, ce besoin est toujours d'actualité.

person sitting in a chair in front of a man

Plus on reste, plus on s'use

Autre résultat marquant, plus les professionnel·le·s ont d'ancienneté en PMI, plus leur qualité de vie au travail tend à se dégrader. 

On aurait pu imaginer l'inverse, l'expérience apportant davantage d'aisance et de recul. Dans les faits, l'usure liée à la répétition de situations parfois difficiles, combinée au manque de perspectives d'évolution et de reconnaissance, semble peser plus lourd que les années d'expérience accumulées.

Sans reconnaissance ni perspectives concrètes, l'expérience professionnelle ne protège pas automatiquement du mal-être au travail. Ce lien entre ancienneté et fragilisation du bien-être avait d'ailleurs déjà été repéré en 2020. Cela confirme qu'il s'agit d'une tendance de fond plutôt que d'un phénomène ponctuel.

Des condition des travail à deux vitesses selon les territoires

Les professionnel·le·s exerçant en Outre-mer rapportent des conditions de travail sensiblement plus difficiles que ceux exerçant en métropole, quelle que soit leur profession. 

Ce résultat rappelle que la qualité de vie au travail ne dépend pas seulement des individus ou du métier exercé, mais aussi, fortement, des moyens et du contexte propres à chaque territoire.

Des leviers déjà identifiés, qu'il reste à généraliser

Dans l’enquête publiée en 2020, une étude menée par la même équipe avait recueilli de nombreux témoignages de professionnel·le·s sur ce qui améliore concrètement leur quotidien : le soutien d'un management bienveillant, l'autonomie dans l'organisation du travail…. 

Une professionnelle témoignait :

« Mon expérience en matière de relations d'équipe est très positive au quotidien, grâce à un management bienveillant, à l'écoute et arrangeant, capable d'absorber les injonctions hiérarchiques et de faire des propositions en adéquation avec les réalités de terrain. »

Cette même étude avait débouché sur vingt recommandations concrètes à destination des services de PMI, portant notamment sur l'autonomie dans l'organisation du travail, la reconnaissance professionnelle et le soutien managérial. Cinq ans plus tard, ces leviers sont toujours aussi pertinents.

L’enquête 2020 est disponible ici : https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0398762019305176?via%3Dihub 

Pourquoi ces résultats nous concernent tous

On pourrait se dire que la qualité de vie au travail des professionnel·le·s de PMI ne concerne que ces professionnel·le·s. C'est oublier qu'un accompagnement de qualité pour les familles suppose, en amont, des équipes stables, reconnues et en capacité de bien faire leur travail. 

Une équipe soutenue et écoutée, c'est aussi un suivi plus attentif et qualitatif pour les parents et les enfants accompagnés par ces services.

Si le quotidien professionnel en PMI reste globalement bien vécu, des fragilités subsistent sur la communication, la participation aux décisions et la reconnaissance de l'expérience, avec des écarts territoriaux qui appellent une attention particulière. 

Autant de leviers concrets sur lesquels les décideurs publics et les organisations peuvent agir pour soutenir durablement ces professionnel·le·s, et à travers eux, les familles qu'ils accompagnent.


Cet article est une synthèse du volet quantitatif de l'enquête. Un second volet sur les retours qualitatifs est actuellement en préparation.

0 commentaire

Envoyer un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Share This